Décès de Pierre Antonini (1921-2008)

mardi 23 septembre 2008
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Né le 30 janvier 1921 à Paris (XIVe arr.) ; professeur de lettres ; secrétaire académique du SNES (académie de Montpellier), secrétaire département de la FEN ; responsable socialiste, conseiller général de l’Hérault (1976-1982). Il est décédé le 23 septembre 2008.

Fils d’un haut fonctionnaire du ministère des Finances, d’origine corse, sympathisant socialiste SFIO, adhérent au syndicat CGT des impôts, futur directeur régional des impôts à Montpellier, Pierre Antonini fit ses études secondaires au lycée de Nice (1932-1937) puis à celui de Valence (1937-1939). Étudiant à la faculté de lettres de Montpellier, il obtint une licence de lettres classiques, puis un diplôme d’études supérieures. Pendant la guerre, il séjourna dans les Chantiers de Jeunesse. Marié religieusement en mars 1942 à Montpellier, avec une contrôleuse des PTT (ils auront quatre enfants), entré dans l’enseignement secondaire comme délégué rectoral au lycée de Montpellier (1946), devenu titulaire après sa réussite au CAEC, il quitta pendant deux ans la ville pour Lodève puis Sète. Revenu à Montpellier en 1948, il enseigna les lettres au lycée Joffre jusqu’à sa retraite en 1982 comme agrégé sur liste d’aptitude administrative.

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Son engagement syndical débuta lors de son entrée dans la profession. Membre du Syndicat national de l’enseignement secondaire, il fut de ceux qui refusèrent la scission de la CGT en 1948 et qui restèrent fidèles à la FEN-CGT par double affiliation à la FEN autonome et à la FEN-CGT jusqu’en 1964. Jusqu’en 1954, il fut le secrétaire départemental de la FEN-CGT, fonction qu’il abandonna quand il devint responsable du SNES. Principal responsable dans l’académie de Montpellier de la tendance Bouches-du-Rhône (future Unité action), candidat à la commission administrative nationale du SNES dès 1953, il en devint membre en 1955 et y fut régulièrement réélu jusqu’en 2001. De 1967 à 1990, il siégea également au bureau national du SNES. Entre 1993 et 1999, il occupa le secrétariat national adjoint de la catégorie des retraités. En 2002, il était toujours le responsable académique des retraités du SNES.

Dans la tendance dominée par les communistes, sa présence s’inscrivait, au-delà de la reconnaissance de son travail syndical, dans une stratégie d’ouverture et de mise en valeur de responsables non communistes. En 1957, à la suite d’une série de grèves qui déstabilisèrent les dirigeants locaux autonomes et amenèrent une baisse des effectifs, Antonini se vit confier, bien que minoritaire, le secrétariat académique du SNES, responsabilité qu’il assura jusqu’en 1982. À partir de 1959, sa tendance était devenue majoritaire dans l’académie. Il était Commissaire paritaire académique (1958-1982) et national (1967-1982).

Bénéficiant de l’essor des effectifs enseignants dans les enseignements de second degré, travaillant à la structuration du SNES, Antonini assura la croissance de ce dernier dont le poids s’accrut au sein de la FEN qui, dans le département, était dirigée par les « Amis de L’École émancipée ». En 1964, il devint secrétaire départemental de la FEN face à Jacques Faucher, instituteur membre de la tendance École émancipée. Mettant en accusation l’attitude de ce dernier lors de l’assassinat de John Kennedy, il obtint le soutien des autonomes qui le laissèrent diriger la FEN. Plus tard, Michel Belorgeot, professeur de technologie proche des socialistes, relança la tendance autonome au sein du SNES et le battit, dans la section départementale de la FEN, en février 1968, avec le soutien des militants de l’École émancipée, qui, pour la première fois, votèrent pour les autonomes. En avril 1969, Belorgeot vit son rapport moral repoussé et dut laisser la place à Jacques Faucher. Ce dernier démissionnaire fut de nouveau battu par Antonini grâce à l’abstention des autonomes. En janvier 1972, il fut à nouveau battu par Marcel Vial, instituteur autonome, la tendance École émancipée laissant les autonomes, devenus la première tendance du département, à la direction de la FEN. Toutefois, dès 1974, la perte de la majorité dans la section départementale du Syndicat national des instituteurs par les militants de L’École Émancipée entraîna des difficultés pour la direction de la FEN dans l’Hérault. Le secrétariat de la section départementale revint en 1975 à Antonini qui la garda à peine un an car il venait d’être élu conseiller général.

Sur le plan politique, dès la Libération, Pierre Antonini adhéra au Parti socialiste SFIO mais n’y resta que six mois. Insatisfait de l’ambiance, il opta, avec plusieurs enseignants (dont Louis Trégaro*) pour la « petite gauche », alternative au Parti communiste et à la SFIO. Candidat aux élections municipales à Montpellier sur la liste présentée par le PCF en 1947, membre de l’Union Progressiste (1948), il adhéra ensuite à la Nouvelle Gauche, mouvement qu’il jugea intellectuellement plus satisfaisant. Dans une logique de regroupement, il se retrouva à l’Union de la gauche socialiste, au nom de laquelle il se présenta aux élections cantonales (1954) et comme tête de liste aux élections municipales de 1959. Au deuxième tour, l’UGS rallia la liste SFIO-PCF-Gauche indépendante qui fut nettement battue par la liste du maire sortant. Deux ans plus tard, il participa à la fondation du Parti socialiste unifié.

Au cours des années 1960, Antonini occupa le poste de secrétaire fédéral adjoint du PSU de sa création à 1970, tout en étant membre du comité de rédaction de Tribune du Socialisme. Souvent accusé de cryptocommuniste, membre du Mouvement de la Paix, il fut un opposant à la Communauté européenne de défense et un partisan précoce de l’indépendance de l’Algérie. Il fut notamment visé, en 1961, à Montpellier, par un attentat de l’OAS. Candidat du PSU en 1970 dans le canton de Montpellier II et aux élections législatives de 1967 et 1968 sur la 1re circonscription de l’Hérault, il fut alors nettement distancé par le candidat de la Fédération de la gauche démocratique et socialiste. Mais ses positions au sein du parti s’affaiblirent au fur et à mesure des progrès de l’aile « gauchiste » du PSU qui devint majoritaire dans le département. En 1971, certains militants PSU le sommèrent de choisir, pour cause de politiques scolaires incompatibles, entre ses engagements militant et syndical. Il choisit alors de quitter le PSU.

En 1973, Antonini adhéra au Parti socialiste, à la grande surprise des syndicalistes de la tendance Unité, Indépendance, Démocratie (UID), membres du PS, qui le combattaient sur le terrain syndical. Soutenu par le député et futur maire Georges Frêche, il fut investi comme candidat socialiste aux élections cantonales de 1976 sur le deuxième canton de la ville au détriment du militant du CERES Louis Calmels. Il emporta le siège, devançant de vingt voix le candidat du RPR. L’année suivante, il devint conseiller municipal de Montpellier sur la liste d’Union de la Gauche qui l’emporta sur la municipalité de droite sortante. Secrétaire adjoint de la deuxième section socialiste de Montpellier, membre du bureau fédéral, il opta, en 1979, pour le courant Mauroy. Le co-secrétaire de la fédération, Gérard Delfau, également militant de la tendance « Unité et action », lui proposa de devenir secrétaire fédéral à l’éducation, responsabilité qu’il occupait toujours en 2003, tout en étant responsable de la formation jusqu’en 1989. Vice-président du conseil général, il fut chargé par Gérard Saumade, ancien sympathisant du PSU, du dossier de la construction du nouvel hôtel du département.

En 1982, Pierre Antonini perdit son siège de conseiller général. L’année suivante, il ne figurait plus aux élections municipales sur la liste du maire sortant, conséquence du conflit entre Frêche et Jean-Pierre Vignau, son premier adjoint, conflit où Antonini, tout en restant fidèle au maire, exprima publiquement des critiques sur ses modes de gestion. S’étant rapproché des mitterrandistes, il lança, avec Roger Arnardi, ancien secrétaire de la FEN, le courant Jospin dans le département. Antonini faisait toujours partie en 2003 du secrétariat fédéral du PS.

Au-delà de ses engagements politiques et syndicaux, Antonini, qui se définissait comme athée, milita dans les organisations laïques, notamment au sein de la Ligue des droits de l’homme. Membre de la commission administrative de la section locale depuis 1954, vice-président dès 1962, il succéda quelques années plus tard à Ludger Pinet, président sortant. Toujours président, il anima sa fédération départementale. Délégué régional, il fit partie de son comité central.

Parallèlement, il relança, avec Louis Trégaro et Ernest Kahane, l’Union Rationaliste, mais cette organisation disparut localement dans les années 1980. La défense de l’école laïque l’amena, dès 1980, à devenir délégué départemental de l’Éducation nationale. Vice-président de l’organisation, il n’en put devenir, en 1998, le président en raison d’une coalition menée par des militants du courant de L’École émancipée. Dans la crise de la FEN, au début des années 1990, Antonini n’accepta pas la mise à l’écart de son courant de pensée et l’exclusion de son syndicat. Il rejoignit la Fédération syndicale unitaire et participa à la mise en place de l’organisation syndicale dans l’académie. Il prit part aux activités de recherches mises en place dans le cadre de la FSU et de l’IRHSES.

Pierre Antonini militait aussi dans l’association de sauvegarde du quartier de l’Aiguelongue, dans l’amicale corse de Montpellier et la Société de protection des animaux, association au sein de laquelle le bureau sortant, dont il était membre, a été battu par les Verts à la fin des années 1990.

Biographie rédigée par Olivier Dedieu et Pierre Petremann pour le nouveau Maitron


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