A propos du livre La FEN (1928-1942). Histoire et archives en débat

vendredi 9 avril 2010
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Frajerman, F. Bosman, J-F. Chanet, J. Girault, La Fédération de l’Education nationale (1928-1942). Histoire et archives en débat, Presses universitaires du Septentrion, 2010.

Voir la présentation du livre

Recension parue dans le journal l’Humanité le 20 avril 2010

Qui se souvient aujourd’hui de la FEN ? Pourtant, la « forteresse enseignante », comme on l’a appelée, a occupé une place de choix dans le syndicalisme français pendant plusieurs décennies après guerre, jusqu’au conflit interne qui donnera naissance à la FSU en 1993, la FEN elle-même se « continuant », mais à petite voilure, dans l’UNSA-Education. Place de choix mais aussi place à part : fédération de la CGT à la Libération, elle avait choisi après un référendum interne de rester autonome quand la CGT s’est divisée avec le départ de FO en 1948. Ce qui n’a pas empêché la FEN d’être considérée comme une quasi-confédération, participant à la plupart des grands événements sociaux dans le pays.

Ce livre, issu d’un colloque tenu à l’occasion de la remise des archives de la FEN au Centre des Archives du Monde du Travail de Roubaix, n’est pas à proprement parler une histoire de la FEN. Ou, plus précisément, il rend compte de cette histoire à travers le traitement de quelques questions qui ont marqué le syndicalisme de cette époque. Et parmi elle, la « question-mère » : comment la FEN a-t-elle pu continuer à rester unie (et à se développer) alors que la diversité des opinions, des idéologies, des cultures professionnelles et des conceptions du syndicalisme qui avait provoqué la scission de la CGT, était tout aussi importante au sein de la FEN ?

Pour les pères fondateurs, la solution était dans la reconnaissance des tendances organisées au sein du syndicat, qui constituera l’originalité de la FEN par rapport à toutes les confédérations. Elle a été imposée au départ par une alliance entre les militants proches de la SFIO de l’époque et les syndicalistes révolutionnaires qui, ne l’oublions pas, étaient majoritaires au sein de la fédération de l’enseignement de la CGTU de l’entre-deux-guerres (ce qui était déjà une particularité du syndicalisme enseignant en France). Mais la scission même de la FEN pose problème de ce point de vue, la majorité fédérale des années 1980 rendant ces mêmes tendances (celles de l’opposition interne, bien sûr) responsables de la situation qui allait conduire à la scission ! C’est donc aussi une question de contexte !

Il reste que la diversité interne de la FEN, du fait de l’image pluraliste et ouverte qu’elle lui conférait, mais aussi des solidarités externes qui liaient ses diverses composantes aux autres organisations (politiques ou syndicales au demeurant, citoyennes aussi), a permis à la fédération enseignante de jouer un rôle clé dans un certain nombre de mobilisations sociales de cette période. En ce sens, ce livre n’est pas seulement un regard porté sur le passé d’une fédération syndicale. Il peut aussi aider à mieux comprendre ce qui se joue dans les conflits actuels.

Louis Weber

Recension parue dans L’Enseignement Public n° 123, juin 2010, p.22

La FEN, une histoire pas comme les autres

La Fédération de l’Éducation nationale occupait une place originale dans le paysage syndical français, par son unité maintenue, sa forte syndicalisation et son influence politique. Un ouvrage revient sur cette histoire.

La FEN a une histoire à part, originale. Elle succéda à la Fédération générale de l’Enseignement, affiliée la CGT réunifiée à la Libération. Elle n’accepta pas la scission de la CGT, et la création de la CGT-Force ouvrière (FO). Pour garder son unité elle décida, par référendum, de devenir autonome, c’est-à-dire, non affiliée à une confédération : ni FO, ni CGT.

La FEN, c’est cette fédération qui occupa le devant de la scène sociale en mai 1968 et qui s’imposa aux côtés des confédération aux négociations qui eurent lieu au ministère des Affaires sociales, rue de Grenelle, avec le Premier ministre Georges Pompidou.

C’est cette fédération sans la signature de laquelle il n’y eut pas d’accords salariaux dans la Fonction publique. La FEN s’imposa aux confédérations et aux partis politiques sur la question de la défense des libertés. Elle était considérée par ses interlocuteurs et partenaires comme une quasi confédération. Elle en avait les attributs : , une grande force de mobilisation, un nombre de syndiqués importants, une organisation territoriale efficace.

Une autre originalité réside dans le fait que l’histoire de la FEN a été faite en commun par des historiens et les acteurs, qui ont su travailler ensemble, même si des difficultés particulières viennent de ce que pour des évènements relativement proches, les acteurs se sentent toujours impliqués. Le dépôt des archives de la FEN aux Archives nationales du monde du travail avait été l’occasion d’organiser un colloque en mai 2006 qui réunissait historiens, acteurs et archivistes. Ce sont ces travaux qui sont publiés aujourd’hui.

Guy Putfin


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